Je suis très loin d'être une bonne reportrice, ce n'est pas mon métier, mais je ne résiste pas au plaisir de vous raconter les démêlées de mon voisin avec le conseil général de son département, la Haute-Garonne...
Sa fille va au lycée, en internat. Le conseil général, dans sa grande mansuétude (et surtout grâce aux contributions des ses habitants) a instauré la gratuité dans les transports pour les étudiants. Bon, pourquoi pas, l'argent n'est pas tellement plus mal placé là qu'ailleurs, ce n'est pas la question. Je note juste que le conseil général en fait des tonnes sur le sujet, comme une preuve de son extraordinaire et incroyable générosité : alors qu'il s'agit surtout de distribuer l'argent des habitants - c'est donc eux qu'ils faudrait remercier, et pas le conseil général... enfin bref.
L'équation est simple : la gamine va au lycée en tant que pensionnaire, on lui donne une carte avec un aller et un retour par semaine, train et métro, et voilà, on en parle plus circulez.
C'est là qu'intervient l'incroyable génie de la bureaucratie. Comment rendre le simple archi compliqué et hyper coûteux (dans le jargon bureaucratique, on appelle ça joindre l'utile à l'agréable).
Il faut savoir que les bureaucrates ont pour fonction de pondre des règlements absurdes. La partie restant humaine de leur cerveau dévoré par la sainte procédure leur envoie des signaux pour leur faire comprendre que ça ne rime à rien. C'est de là que vient le reste : «Puisque notre façon de faire est absurde, beaucoup de gens vont essayer de faire autrement» se disent alors les bureaucrates, «Nous allons donc la rendre encore plus compliquée.» Je sais qu'un humain normal ne raisonne pas comme ça, je le sais : je suis une humaine à peu près normale.
Alors au lieu d'envoyer une carte avec le bon nombre de voyages pour l'année, le conseil général envoie une poignée de billets pour chaque trimestre. De billets de trains, oui. C'est là que les bureaucraties du conseil général et celle de la SNCF se télescopent et se fécondent mutuellement ! Car les billets de train de la SNCF ne sont valables que 2 mois. Pas d’exceptions, c'est le règlement ! Quelle solution géniale va surgir des 12 réunions de conseil général/SNCF ? (au pif, j'imagine que ça du prendre 12 réunions - maximum 15) «Chef, j'ai une idée ! On pourrait demander à la SNCF qu'on finance beaucoup de modifier ses billets ?» Non attendez, ça ne se passe pas comme ça dans la bureaucratie. Le chef mets sa tête dans ses mains, se demande comment Joseph Staline aurait fait à sa place et dit : «Je sais, nous allons tamponner ces billets avec un tampon du conseil général !» «Oh, bonne idée, chef !»
Combien de temps ont passé les employés du conseil général à tamponner individuellement tout ces billets ? Je me le demande. Parlez-moi d'un boulot d'imbécile. Je compatis sincèrement avec gens.
La blague ne serait pas complète sans quelques aménagements sympas. Le conseil général affiche dans tout le département que le transport est gratuit pour les étudiants. Visiblement, les premiers concernés, la SNCF, ne sont pas au courant... et mon voisin me raconte les contrôles que subit sa fille, menacé d'une amende parce que "le billet n'est valable que deux mois, est-ce que vous avez une carte d'identité ?"
Ce n'est pas fini ! Pour le métro, ils ont fourni une carte "Pastel" - genre de pass Navigo, pour les parisiens. Qui pourraient aussi contenir les billets de trains dont nous avons parlé plus haut, quelle ironie !
Mais ce n'est pas une carte qui permet de prendre le métro quand l'étudiant en a besoin, non ! Juste un aller et un retour. C'est tout. Pensionnaire malade qui doit rentrer un jour à la maison ? Paye. Pensionnaire qui rentre parce que son lycée est en grève ? Paye. Une sortie à faire en ville pour acheter des livres ? Paye. Et quand le 15 mai n'est pas chômé ? Il faut deux aller-retours dans la semaine. Et là, le conseil général envoie par la poste, à tous les pensionnaires, deux tickets de métro ! Frais d'envoi et galère de mise sous enveloppe... on croirait que le génie bureaucratique a atteint son plus haut niveau.
Mais non. Dans un récent courrier, du 4 mai 2015, le conseil général, décidément pragmatique, demande aux familles de renvoyer les tickets non utilisés ! En comptant sur «leur sens civique» ! Au frais des familles, bien sur...
Touche finale : la mention «URGENT" : date limite de retour : le 13 juillet 2015.» Du 4 mai au 13 juillet, c'est 2 mois et dix jours. Et pour un bureaucrate, ça veut dire urgent. Heureusement qu'ils s'occupent pas d'éteindre le feu !
Je n'imagine même pas combien de leçons on pourrait tirer de cette histoire sous l'angle politique. Là, je la vois juste comme une histoire drôle. Une vraie histoire drôle. Mon voisin m'a montré les courriers alors j'ai fini par le croire.
Et l'année scolaire n'est même pas encore finie... j'attends la suite avec impatience !
dimanche 10 mai 2015
mardi 5 mai 2015
Deux mots à Patrick Pelloux, vite fait.
Monsieur Pelloux,
J'en ai pas cru mes oreilles. Ce matin, sur France-Info, je vous ai entendu dire : "Le projet de loi sur le renseignement est pas liberticide. On est dans l'urgence, faudra le réviser plus tard."
C'est ma faute, je devrai pas écouter cette radio non plus, surtout dans la voiture, parce que j'ai failli avoir un accident.
Est-ce que vous êtes bien le Patrick Pelloux de Charlie Hebdo ? Ou bien est-ce que c'est un homonyme ? Il faudrait le préciser, si c'est pas le cas !
Je vais vous rappeler deux petites choses que vous devriez savoir :
1 - L'État ne passe des lois que pour restreindre ou encadrer la liberté. Dire qu'un projet de loi sur la surveillance de masse n'est pas liberticide, c'est juste complétement insensé.
2 - L'urgence a toujours justifié les lois liberticides : et elles ne sont jamais révisées. Quand bien même ! Maintenant que les USA ont emprisonné je ne sais combien de gens sans raison à Guantanamo, vous allez leur expliquer qu'on va réviser leur vie et leur rendre ces années de liberté qu'ils ont perdu, annulé les tortures qu'ils ont subi ?
Cette urgence que vous invoquez, c'est la même qu'évoquent les religieux pour se livrer à leurs manœuvres : l'urgence apocalyptique, par exemple, a longtemps incité les témoins de jéhovah à courir les rues. Comme la fin du monde était proche, il fallait prêcher à tout va. Cette urgence, elle s'oppose à la réflexion, elle met fin au vague soupçon de démocratie qu'il peut encore subsister dans le pays. C'est la même urgence invoquée pour mettre en prison les gens, à Tarnac, vous vous souvenez peut-être ? Cette même urgence invoquée pour justifier la torture en Algérie !
Mais j'ai lu Charlie Hebdo, dans le temps, et j'ai retenu un truc : à Charlie, l'internet, c'est de la merde. Et le fliquer, c'est pas grave.
Je me souviens d'un dessin de Charb qui disait que Wikipedia, c'était un truc de petit bourgeois. Parce que les pauvres n'avaient pas de PC ! Comme si, avant d'inventer l'imprimerie, il avait fallu attendre que tout le monde sache lire.
C'est maintenant que je comprends mieux pourquoi j'étais pas Charlie, en janvier. Je le sentais pas, mais j'aurais pas su l'expliquer. Merci de m'avoir ouvert les yeux.
J'en ai pas cru mes oreilles. Ce matin, sur France-Info, je vous ai entendu dire : "Le projet de loi sur le renseignement est pas liberticide. On est dans l'urgence, faudra le réviser plus tard."
C'est ma faute, je devrai pas écouter cette radio non plus, surtout dans la voiture, parce que j'ai failli avoir un accident.
Est-ce que vous êtes bien le Patrick Pelloux de Charlie Hebdo ? Ou bien est-ce que c'est un homonyme ? Il faudrait le préciser, si c'est pas le cas !
Je vais vous rappeler deux petites choses que vous devriez savoir :
1 - L'État ne passe des lois que pour restreindre ou encadrer la liberté. Dire qu'un projet de loi sur la surveillance de masse n'est pas liberticide, c'est juste complétement insensé.
2 - L'urgence a toujours justifié les lois liberticides : et elles ne sont jamais révisées. Quand bien même ! Maintenant que les USA ont emprisonné je ne sais combien de gens sans raison à Guantanamo, vous allez leur expliquer qu'on va réviser leur vie et leur rendre ces années de liberté qu'ils ont perdu, annulé les tortures qu'ils ont subi ?
Cette urgence que vous invoquez, c'est la même qu'évoquent les religieux pour se livrer à leurs manœuvres : l'urgence apocalyptique, par exemple, a longtemps incité les témoins de jéhovah à courir les rues. Comme la fin du monde était proche, il fallait prêcher à tout va. Cette urgence, elle s'oppose à la réflexion, elle met fin au vague soupçon de démocratie qu'il peut encore subsister dans le pays. C'est la même urgence invoquée pour mettre en prison les gens, à Tarnac, vous vous souvenez peut-être ? Cette même urgence invoquée pour justifier la torture en Algérie !
Mais j'ai lu Charlie Hebdo, dans le temps, et j'ai retenu un truc : à Charlie, l'internet, c'est de la merde. Et le fliquer, c'est pas grave.
Je me souviens d'un dessin de Charb qui disait que Wikipedia, c'était un truc de petit bourgeois. Parce que les pauvres n'avaient pas de PC ! Comme si, avant d'inventer l'imprimerie, il avait fallu attendre que tout le monde sache lire.
C'est maintenant que je comprends mieux pourquoi j'étais pas Charlie, en janvier. Je le sentais pas, mais j'aurais pas su l'expliquer. Merci de m'avoir ouvert les yeux.
lundi 4 mai 2015
C'est pas parce qu'on veut se cacher qu'on doit être obligé de le faire en permanence !
Je ne vais pas revenir sur l'argument débile des gens qui sont favorables à toujours plus de surveillance : "Moi, j'ai rien à cacher". D'abord, parce que la version complète, c'est "J'ai rien à cacher à la police", ce qui traduit en général un niveau de confiance proche de la naïveté sans remède. Ensuite, parce que ça a déjà été fait à bien des endroits et que le refaire encore serait superflu.
Mais par contre, je voudrais quand même mettre les points sur les i du chiffrement : ok, j'ai des choses que je ne veux pas rendre publiques, mais c'est comme si je me balade en maillot de bain dans le jardin : j'ai pas envie pour autant d'entourer mon jardin de murs de 5 mètres de haut. J'attends aussi des voisins qu'ils ne passent pas leur temps à me regarder. Il y a voir, et il y a regarder.
Je ne suis pas une criminelle traquée pour vivre en cavale, avec mails chiffrés, brouilleurs de GPS, cagoule sur la tête, etc.
Certes, le chiffrement proposé a des intérêts, et même si je m'y résous, je ne l'accepte pas complètement : je veux bien faire des efforts pour ma sécurité (en protégeant mes mots de passe, etc.) mais pas trop pour ma vie privé : j'attends qu'on la respecte comme je respecte celle des autres. Je ne veux pas vivre en guerre, surtout pas la guerre permanente que livrent en général les pouvoirs à leur propre population.
C'est pour cette raison que le combat du chiffrage est très partiel et vain : c'est le démantèlement du pouvoir qui protégera efficacement notre vie privée : il faut le priver de ressources, que ce soit financières ou morales.
Oui, le pouvoir et sa bureaucratie peuvent édicter les règles qui leur plaisent : cependant, ce qui donne la vraie force à ses règles, c'est notre soumission. Plus que de chiffrer, c'est résister qui est important.
Mais par contre, je voudrais quand même mettre les points sur les i du chiffrement : ok, j'ai des choses que je ne veux pas rendre publiques, mais c'est comme si je me balade en maillot de bain dans le jardin : j'ai pas envie pour autant d'entourer mon jardin de murs de 5 mètres de haut. J'attends aussi des voisins qu'ils ne passent pas leur temps à me regarder. Il y a voir, et il y a regarder.
Je ne suis pas une criminelle traquée pour vivre en cavale, avec mails chiffrés, brouilleurs de GPS, cagoule sur la tête, etc.
Certes, le chiffrement proposé a des intérêts, et même si je m'y résous, je ne l'accepte pas complètement : je veux bien faire des efforts pour ma sécurité (en protégeant mes mots de passe, etc.) mais pas trop pour ma vie privé : j'attends qu'on la respecte comme je respecte celle des autres. Je ne veux pas vivre en guerre, surtout pas la guerre permanente que livrent en général les pouvoirs à leur propre population.
C'est pour cette raison que le combat du chiffrage est très partiel et vain : c'est le démantèlement du pouvoir qui protégera efficacement notre vie privée : il faut le priver de ressources, que ce soit financières ou morales.
Oui, le pouvoir et sa bureaucratie peuvent édicter les règles qui leur plaisent : cependant, ce qui donne la vraie force à ses règles, c'est notre soumission. Plus que de chiffrer, c'est résister qui est important.
jeudi 23 avril 2015
Chomsky - La Fabrication du Consentement : Une lecture incontournable pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui
La Fabrication du Consentement
Les événements récents soulèvent bien des questions sur le fonctionnement de la soit-disant démocratie française et sur le rôle des médias.Noam Chomsky est un citoyen américain qui est très peu connu en France(1), si on se rapporte à sa valeur : il est d'abord un linguiste majeur du 20e siècle (les informaticiens connaissent sa théorie au fondement des langages informatiques), et même si ses contributions peuvent être contestées maintenant (comme l'ont été celles de Newton et d'Einstein dans le domaine de la physique), il n'en reste pas moins un scientifique majeur.
D'autre part, il est aussi un activiste qui a participé à de nombreux combats, depuis les années 60; ses idées ont évoluées, mais ses analyses et ses apports gardent toutefois une valeur énorme : il décrit des mécanismes assez complexes dans un langage simple.
Son travail d'analyse militant s'est concentré sur les actions des USA, puisque c'est son pays, et il considère (à juste titre ou non, c'est un autre problème) que chaque intellectuel devrait se livrer principalement à la critique de son propre pays, en priorité.
Si vous voulez en savoir plus sur lui, vous aurez de quoi faire sur Wikipedia.
Je voudrai surtout vous recommander deux ouvrages majeurs :
Deux heures de lucidité
Il s'agit d'un livre assez court, sous forme d'un entretien. Il est simple, facile d'accès, et c'est à mon avis une lecture incontournable.La Fabrication du consentement
C'est un ouvrage plus important (dans les 600 pages) qui décrit le modèle de propagande des sociétés "démocratiques".C'est un approfondissement du premier.
(1) En France, les "intellectuels" français l'ont catalogué "antisémite", ce qui est la forme la plus pratique de censure, comme pendant l'époque de Mc Carty aux USA, on cataloguait ses ennemis de communistes.
Naturellement, cette accusation est stupide, mais elle a suffi pour que Chomsky soit un quasi inconnu (ce qui en soi n'est pas bien grave) et que ses analyses n'aient pas de droit de cité dans les médias : ce qui est beaucoup plus grave.
On l'a accusé aussi d'être un théoricien du complot : c'est aussi absurde, mais tout aussi efficace.
mardi 21 avril 2015
La loi sur l'espionnage expliquée à ceux qui ont vécu la guerre froide, vraiment ?
J'ai lu l'article de Jean-Baptiste Favre : http://blog.jbfavre.org/2015/04/07/loi-renseignement-expliquee-simplement/
Encore un effort louable, mais vain à mon avis.
Je relèverai principalement deux erreurs simples :
Je cite :
1 - Le pays A menace le pays B ou semble le faire : qui va donc s'armer (rappellez vous : il faut anticiper !).
2 - Le pays B voit A s'armer : il s'arme encore plus !
3 - Retour au point 1.
Et sinon on pourrait aussi vivre en paix ? Ah non, désolé, ça on sait pas faire. On peut rajouter un point 2 et demi, par contre : le pays B voit un courant pacifiste dans sa population : il le surveille aussi.
Je suis assez d'accord avec les dérapages, etc. Mais il ne faut pas se tromper d'ennemi : le premier et le véritable ennemi d'un gouvernement, quel qu'il soit : c'est sa population.
Et quand vous voulez maitriser un ennemi : vous vous faîtes passer pour son ami. Parce que le peuple n'est pas qu'un ennemi : c'est aussi le troupeau à traire pour satisfaire ses délires de grandeur. Il faut donc qu'il soit en bonne santé, calme et obéissant. Et pour cela... vous connaissez la recette, elle est de Machiavel.
Encore un effort louable, mais vain à mon avis.
Je relèverai principalement deux erreurs simples :
À propos du principe de séparation des pouvoirs :
Je cite :Vu comme ça, c’est propre, c’est carré, personne ne peut abuser du système.Si le principe a été gardé, et on voit à quoi il a servi (semer une misère incroyable sur toute la planète) c'est qu'il ne dérangeait pas tellement les dirigeants - qui sont peu ou prou toujours les même - et surtout qu'il reste un principe dont il fait bien de se réclamer, mais ... jamais appliqué dans la réalité !
C’est pas pour rien si ce principe a émergé comme fondement de toutes les démocraties occidentales.
À propos du renseignement (euphémisme en novlange pour espionnage et surveillance)
Je cite :
Le renseignement est vital. Pour nos économies modernes encore plus. Il faut anticiper les menaces, quelques soient leurs formes (et elles sont nombreuses).Pour justifier n'importe quoi, le plus simple, ça reste encore la peur, hein ? Les menaces nombreuses ! Et puis ce qui est bien, c'est que c'est réfléxif.
1 - Le pays A menace le pays B ou semble le faire : qui va donc s'armer (rappellez vous : il faut anticiper !).
2 - Le pays B voit A s'armer : il s'arme encore plus !
3 - Retour au point 1.
Et sinon on pourrait aussi vivre en paix ? Ah non, désolé, ça on sait pas faire. On peut rajouter un point 2 et demi, par contre : le pays B voit un courant pacifiste dans sa population : il le surveille aussi.
Je suis assez d'accord avec les dérapages, etc. Mais il ne faut pas se tromper d'ennemi : le premier et le véritable ennemi d'un gouvernement, quel qu'il soit : c'est sa population.
Et quand vous voulez maitriser un ennemi : vous vous faîtes passer pour son ami. Parce que le peuple n'est pas qu'un ennemi : c'est aussi le troupeau à traire pour satisfaire ses délires de grandeur. Il faut donc qu'il soit en bonne santé, calme et obéissant. Et pour cela... vous connaissez la recette, elle est de Machiavel.
Ni technique, ni bureaucratique, mais politique !
Projet de loi sur le renseignement : la solution n'est ni technique, ni bureaucratique.
Je vais pas refaire un historique de la loi pour la surveillance généralisée : inutile et surtout, massivement répétitif, car je pense que ceux qui y accordent un peu d'importance ont bien compris, et que maintenant, ce n’est pas d’explications dont nous avons tous besoin : c’est de propositions d’actions.Pour ma part, et je vais passer pas mal de temps à le dire et le redire, il y a deux axes de solutions auxquelles je ne crois pas - on peut en parler pendant des heures, mais un peu de réalisme vous montrera que je ne suis pas très loin de la réalité.
Fausse bonne idée #1 : la fuite en avant technique.
Elle consiste à dire : puisque le gouvernement nous espionne, alors nous allons utiliser des moyens de plus en plus complexes : chiffrement des mails, utilisation de VPN, de proxies TOR, etc.
Raison #1 : Tout le monde ne peut pas le faire.
Je suis passée par là, moi aussi, à croire qu'on pouvait rendre les choses simples. J'en suis revenue. Donc, il y a fort à parier que seule une petite partie d’entre nous y arrivera (ou croira le faire), ce qui aura plutôt pour effet de nous rendre visibles. Essayez d'envoyer des mails chiffrés à quelqu'un qui n'y comprend rien. Et je ne veux surtout pas dire que les ignorants en informatique sont des gens stupides. C'est juste qu'un savoir qu'on ne pratique pas à tendance à s'effacer.
Raison #2 : Vous pensez pouvoir, vous vous trompez.
Il y a de nombreux doutes sur la confiance que l’on peut accorder à tous les éléments de la chaîne technique : ordinateur (qui pourrait être trafiqué à notre insu, voire buggé - il existe par exemple un défaut potentiel de micro-processeur qui fragilise certains algorithmes de chiffrement.), système d’exploitation (notamment Windows), navigateur (quelle confiance accorder à Firefox, qui reste mon choix), chaîne de certification SSL (avec par exemple de la rupture protocolaire), etc. etc. Le reste de la liste que vous pouvez faire est laissé comme un exercice pour le lecteur.
Raison #3 : Vous pensez encore pouvoir ? Vous vous trompez encore.
Allez, rapide exercice : que ceux qui pensent passer 3 heures par jour à faire de la sécurité informatique pour le restant de leurs jours lèvent la main. Je vous ai menti : il faut y passer encore plus de temps. La sécurité ? Vous avez pas idée. Et encore, quand il ne s'agit que de vous protéger d'un "pirate" qui ne cherchent que les cibles les plus faciles, ça va encore. C'est même facile. Mais quand il s'agit de vous protéger d'un État aux moyens quasi-illimités ?
Et il ne s'agit pas que d'installer du logiciel. Il faut faire fonctionner les pièces ensemble. Il faut mettre à jour quand il y a des corrections importantes de sécurité. Il ne faut pas commettre d'erreur (or, vous le savez, l'erreur est humaine...). Il faut mettre à jour les certificats. Et encore, j'effleure juste la surface.
Raison #4 : Toute fuite... justifiera une poursuite !
Rêvons deux secondes. Si TOR, par exemple, se généralise : il pourra être déclaré illégal. Il pourra être attaqué via différents moyens. Un ministre de l'intérieur passera à la télé pour dire que c'est un refuge de pédo-terroristes (dans des termes mieux choisis, hélas). Vous voyez l'idée ?
Raison #5 : Ce n'est pas une vie.
Nous ne sommes pas des rats pour vivre cachés dans des souterrains. Nous sommes des humains, nous voulons vivre debout. Notre vie privée nous est plus ou moins précieuse (cela dépend des gens et des aspects de cette vie privée), et nous la protégeons en accord avec nos principes, et cela inclut, je pense, de pouvoir parler librement, sans trop se soucier des conséquences. À partir du moment où votre parole n'est plus déchiffrable que par quelques privilégiés... vous vous êtes enfermé tout seul.
La fausse bonne idée #2 : La lutte via les institutions "démocratiques".
Je m'attaque ici à un hochet auquel les français (pour ne parler que d'eux) restent encore attachés : la fameuse république pseudo démocratique et sa bureaucratie. Je veux en finir avec les appels grandiloquents "à messieurs les députés", "à voter rouge/vert/bleu ou jaune", aux citations (certaines périmées, d'autres imaginaires) des "lumières", bref, à l'attirail prêt-à-penser issu du catéchisme républicain.
Raison #1 : PERSONNE AU POUVOIR NE VOUS AIDERA !
Si vous ne faites pas partie de la poignée de privilégiés invitée à parader sur les plateaux télé, des "people" dont l'avis compte : personne ne tiendra compte de votre avis.
C'est triste, mais c'est comme ça : regardez l'histoire récente; et j'ai discuté personnellement (ce qui n'a pas une grande valeur en terme de statistiques) avec pas mal de gens qui pensent que les choses ne vont pas si mal quand on les confie à une sorte de leader charismatique. Les gens n'ont pas vraiment, dans l'abstrait, je veux dire, un attachement farouche à la démocratie. C'est sans doute une des raisons (mais il y en a d'autres) pour laquelle les députés sont des autoritaires qui prennent des décisions pour les autres sans aucune intention d'en rendre jamais compte à qui que ce soit.
Raison #2 : Les élections sont non seulement une farce, mais elles ont lieu tous les 5 ans.
Autant dire, vous pouvez préparer votre vengeance... la plupart des gens dans le pays auront tout oublié dans 2 mois.
Raison #3 : Voter n'est pas de la politique ! C'est de la sous-traitance.
Je sais c'est dur, mais je vous dois la vérité : arrêtez de vous plaindre parce que vos sous-traitants font n'importe quoi. Il n'y a pas vraiment le choix : Reprenez le contrôle ou soyez des esclaves.
Raison #4 : Le système n'est pas dirigé par les politiques, ou si peu : c'est la bureaucratie qui décide, ensuite ce sont les lobbies - et pour finir, le hasard.
Lorsqu'on vous refuse un droit, croyez-vous que c'est le politique qui décide ? Non. Une bureaucratie, quelle qu'elle soit, peut décider de faire, ou ne pas faire. Vous pouvez vous battre. Elle a tout son temps. Vous pouvez même gagner. Elle en aura d'autres. Et ses directeurs sont inamovibles. Ils valsent au gré des saisons, de placards de luxe en places au soleil.
Ces « clous » qui fixent les limites et les conditions de la lutte, sont issus de plusieurs siècles de mise au point (qui n’est pas forcément coordonnée) pour rendre toute tentative de changement vaine. Non, supplier et ramper devant votre député ne changera rien. Ce n’est pas à vous qu’il doit son élection, mais à son parti. On va pas en discuter pendant des heures.
Mais alors comment faire ?
La solution est simple, mais c'est sa mise en œuvre qui est compliquée : reprendre le pouvoir. Et ça commence par un truc pas agréable : se bouger soi-même, donner l'exemple pour faire bouger les autres.
On rêve tous d'une solution qui serait indolore, rapide, efficace. Ah, faire la révolution en cliquant ! Ou en adhérant au parti A ou B, à l'association C, en signant une pétition.
Mais non, ça ne se passe pas comme ça.
Je n'ai pas de solution toute faite, de plan génial : ma modeste contribution sera celle-ci : rassemblons-nous de proche en proche, organisons des débats publics, faisons sortir les gens, faisons passer le message par ceux qui ont de l’audience, mais aussi par la masse de tous les gens de bonne volonté;
Le projet de loi sur le renseignement est une chose : mais il y a bien d'autres sujets !
Cela va créer des liens - et pas des "hyperliens" - on va (re-)découvrir qu'on est pas entouré d'ennemis, mais de gens de bonne volonté. On va commencer à construire des choses. Utilisons les techniques de communication, non pour faire, mais pour communiquer sur ce que nous faisons en "vrai".
Et alors nous pourrons espérer convenir, en ces lieux, localement, et en commun, comment défaire le pouvoir, détruire la légitimité de l’appareil bureaucratique et pseudo-démocratique, et construire autre chose à la place.
Nous pouvons le faire ! Ça ne tient qu’à nous !
Ceci n'est que ma suggestion : j'espère en entendre d'autres et je les relaierai avec plaisir si elles évitent les deux écueils dont je viens de parler. Je reviendrai d'ici quelques jours avec un petit guide qui pourrait vous aider à commencer ou simplement vous inspirer.
Réponse à Laurent Chemla, à propos de la loi sur le renseignement.
Bonjour Laurent,
Vous permettez que je vous appelle Laurent ? Je ne veux pas faire trop de manières ni être trop familière non plus.
Je lis ce matin ce billet : http://blogs.mediapart.fr/blog/laurent-chemla/170415/lettre-ceux-qui-sen-foutent ;
Je trouve ça pas mal. Mais franchement un peu pathétique. Une lettre à ceux qui s'en foutent ? Déjà qu'ils se foutent de ce qu'ils se passe à l'assemblée, ils vont certainement pas avoir grand chose à faire des gens qui leur font la morale sur ce dont ils se contrefichent.
Cette lettre ne sert qu'à prêcher les convaincus. En répétant les mille choses qu'on sait déjà par cœur : "Être surveillés, ohlalalala c'est MAL", "En plus ça sert à rien", etc.
D'où, d'ailleurs, avalanches de commentaires positifs de la part des convaincus.
Bon, parler aux convaincus, c'est déjà pas mal : mais ce qu'il faudrait, c'est aller plus loin. Et là, je trouve rien. Non parce que concrètement, les vraies conclusions à tirer de ce vote ? "Appeler vos députés"...
Laurent, personnellement j'ai encore de l'amour-propre. Plutôt que d'aller supplier des gens qui n'en n'ont rien à faire, qui ne me représentent pas et qui ne le feront jamais, je préférerai leur nier tout pouvoir et toute légitimité.
Ça fait des années que ça dure. On est dans le plan vigipirate depuis 25 ans au moins, à vue de nez. Après le 11 septembre, il y a eu la loi sur la sécurité quotidienne; les passeports biométriques. Aujourd'hui, après le massacre de janvier, on nous sort un projet de loi pour le renseignement.
Je pose la question : mais quand est-ce que vous allez vous décider à comprendre ?
Cette démocratie n'en est pas une, les représentants n'en sont pas, toutes ces institutions de merde sont illégitimes.
La seule chose que je lis dans votre lettre de bonnes intentions, c'est encore une soumission à ce système moisi qui chaque jour, fait un pas de plus en avant dans le contrôle : "Appelez vos députés ?!"
Je me rappelle, encore et encore, l'époque où tout le monde, dans la gaucho-blogosphère, râlait contre Sarkozy. Un groupe a alors proposé de faire des manifestations dans chaque ville, quelque chose qui se serait appelé le "No Sarkozy Day" (sur un modèle italien).
Ce groupe a donc demandé à l'ensemble des blogueurs de publier l'annonce, de faire le relais.
Et là, j'ai vu les blogueurs se coucher et ramper. Il fallait "respecter les temps de la démocratie". Pas question de faire autre chose que de publier de jolis blogs et de faire de la poésie. Au moment de lever le poing, ils sont partis en week-end.
Car vous savez, on parle d'abandonner de la liberté pour de la sécurité. Mais en fait, personne ne fait ça.
D'une part, parce qu'on a toujours moins de liberté, mais jamais plus de sécurité, à part "en théorie" : je n'ai jamais vu le moindre rapport entre "donner du pouvoir aux flics" et "être plus en sécurité". Il y a quelques cadavres, aux USA, qui pourraient vous en parler mieux que moi, mais...
Et d'autre part, parce que font surtout la plupart des gens, c'est échanger de la liberté contre du loisir, sous forme de gadgets, la plupart du temps - et ça : c'est plus dur d'y renoncer, hein ?.
Bref, je ne me souviens plus si j'ai été déçue ou surprise. Ça n'aurait pas été bien loin, mais se réunir dans la rue, ça aurait donné de l'air aux gens, et selon moi, cela aurait pu amener des conséquences positives.
Aujourd'hui, nous y revoilà encore. La loi sur le renseignement va être votée. C'est joué d'avance. Vous savez quoi ? La loi punit quiconque forcerait un député à faire ou à s'abstenir de faire quelque chose. Et je vais répéter encore une fois ce que tout le monde sait : Selon notre constitution, le mandat impératif est nul. Ce qui veut dire qu'on ne peut pas élire un député en lui donnant précisément mandat de faire ceci ou cela, c'est illégal.
Je connais par cœur les arguties qui justifient cette aberration. Ce sont des monceaux de stupidités avancées par des gens vaguement persuadés que ceux qui savent doivent décider pour la masse.
Mais j'irai droit au but : il est temps d'appeler, non pas les députés, mais à la révolte, au boycott, et largement.
J'ai déjà fait quelques propositions ici : http://noelle-ici-ailleurs.blogspot.fr/2015/04/loi-de-renseignement-ne-comptez-pas-sur.html
Et maintenant ? Qu'allez-vous faire ? Continuer les incantations - qui ne sont que des appels au calme et à la résignation ? Ou bien appeler à l'action ?
Je ne me fais pas beaucoup d'illusions, pour tout dire. Mais ce que je viens d'écrire là montre que je garde encore beaucoup d'espoir.
Vous permettez que je vous appelle Laurent ? Je ne veux pas faire trop de manières ni être trop familière non plus.
Je lis ce matin ce billet : http://blogs.mediapart.fr/blog/laurent-chemla/170415/lettre-ceux-qui-sen-foutent ;
Je trouve ça pas mal. Mais franchement un peu pathétique. Une lettre à ceux qui s'en foutent ? Déjà qu'ils se foutent de ce qu'ils se passe à l'assemblée, ils vont certainement pas avoir grand chose à faire des gens qui leur font la morale sur ce dont ils se contrefichent.
Cette lettre ne sert qu'à prêcher les convaincus. En répétant les mille choses qu'on sait déjà par cœur : "Être surveillés, ohlalalala c'est MAL", "En plus ça sert à rien", etc.
D'où, d'ailleurs, avalanches de commentaires positifs de la part des convaincus.
Bon, parler aux convaincus, c'est déjà pas mal : mais ce qu'il faudrait, c'est aller plus loin. Et là, je trouve rien. Non parce que concrètement, les vraies conclusions à tirer de ce vote ? "Appeler vos députés"...
Laurent, personnellement j'ai encore de l'amour-propre. Plutôt que d'aller supplier des gens qui n'en n'ont rien à faire, qui ne me représentent pas et qui ne le feront jamais, je préférerai leur nier tout pouvoir et toute légitimité.
Ça fait des années que ça dure. On est dans le plan vigipirate depuis 25 ans au moins, à vue de nez. Après le 11 septembre, il y a eu la loi sur la sécurité quotidienne; les passeports biométriques. Aujourd'hui, après le massacre de janvier, on nous sort un projet de loi pour le renseignement.
Je pose la question : mais quand est-ce que vous allez vous décider à comprendre ?
Cette démocratie n'en est pas une, les représentants n'en sont pas, toutes ces institutions de merde sont illégitimes.
La seule chose que je lis dans votre lettre de bonnes intentions, c'est encore une soumission à ce système moisi qui chaque jour, fait un pas de plus en avant dans le contrôle : "Appelez vos députés ?!"
Je me rappelle, encore et encore, l'époque où tout le monde, dans la gaucho-blogosphère, râlait contre Sarkozy. Un groupe a alors proposé de faire des manifestations dans chaque ville, quelque chose qui se serait appelé le "No Sarkozy Day" (sur un modèle italien).
Ce groupe a donc demandé à l'ensemble des blogueurs de publier l'annonce, de faire le relais.
Et là, j'ai vu les blogueurs se coucher et ramper. Il fallait "respecter les temps de la démocratie". Pas question de faire autre chose que de publier de jolis blogs et de faire de la poésie. Au moment de lever le poing, ils sont partis en week-end.
Car vous savez, on parle d'abandonner de la liberté pour de la sécurité. Mais en fait, personne ne fait ça.
D'une part, parce qu'on a toujours moins de liberté, mais jamais plus de sécurité, à part "en théorie" : je n'ai jamais vu le moindre rapport entre "donner du pouvoir aux flics" et "être plus en sécurité". Il y a quelques cadavres, aux USA, qui pourraient vous en parler mieux que moi, mais...
Et d'autre part, parce que font surtout la plupart des gens, c'est échanger de la liberté contre du loisir, sous forme de gadgets, la plupart du temps - et ça : c'est plus dur d'y renoncer, hein ?.
Bref, je ne me souviens plus si j'ai été déçue ou surprise. Ça n'aurait pas été bien loin, mais se réunir dans la rue, ça aurait donné de l'air aux gens, et selon moi, cela aurait pu amener des conséquences positives.
Aujourd'hui, nous y revoilà encore. La loi sur le renseignement va être votée. C'est joué d'avance. Vous savez quoi ? La loi punit quiconque forcerait un député à faire ou à s'abstenir de faire quelque chose. Et je vais répéter encore une fois ce que tout le monde sait : Selon notre constitution, le mandat impératif est nul. Ce qui veut dire qu'on ne peut pas élire un député en lui donnant précisément mandat de faire ceci ou cela, c'est illégal.
Je connais par cœur les arguties qui justifient cette aberration. Ce sont des monceaux de stupidités avancées par des gens vaguement persuadés que ceux qui savent doivent décider pour la masse.
Mais j'irai droit au but : il est temps d'appeler, non pas les députés, mais à la révolte, au boycott, et largement.
J'ai déjà fait quelques propositions ici : http://noelle-ici-ailleurs.blogspot.fr/2015/04/loi-de-renseignement-ne-comptez-pas-sur.html
Et maintenant ? Qu'allez-vous faire ? Continuer les incantations - qui ne sont que des appels au calme et à la résignation ? Ou bien appeler à l'action ?
Je ne me fais pas beaucoup d'illusions, pour tout dire. Mais ce que je viens d'écrire là montre que je garde encore beaucoup d'espoir.
Inscription à :
Articles (Atom)


